« Métier » de maire ou... monarchie municipale ?

Publié le par D.C.A.

Mairie-de-Ch--tillon-sur-Loire-45-copie-2.JPGDans Le Châtillonnais de janvier 2007, François Weil-Picard consacre un article fort intéressant au « métier » de maire (pages 5 et 6).

Il décrit un maire dévoué corps et âme au bien de « sa » commune ; nuit et jour sur la brèche ; compétent, affairé, vigilant, attentif aux moindres problèmes de « ses » administrés. Tour à tour chef d’entreprise, responsable des ressources humaines, comptable, officier de police judiciaire, officier de l’état civil, négociateur, ambassadeur, volant de conseils d’administration en assemblées générales, le maire fait tout, sait tout, est partout. On se demande même comment il peut tenir un tel rythme  pendant 6 ans et, en même temps, exercer une activité professionnelle.

Mais derrière ce portrait, tout à la gloire du premier magistrat de la commune, se profile une conception bien particulière de la fonction de maire. C’est, en réalité, la vision très classique d’un notable à l’ancienne. On peut même parler de « monarchie municipale ». Tous les ingrédients sont réunis : la conception patrimoniale de la fonction que signale l’usage répété du possessif ; l’amour fusionnel qui unit le roi à ses sujets au point, se demande l’auteur de l’article, qu’on ne sait plus « qui possède qui ? La commune, son maire ou le maire, sa commune ? » et, enfin, la générosité propre aux monarques qui, dans leur infinie bonté, consentent de temps à autre à laisser leurs sujets exprimer un avis.

Mais ce que ne dit pas le texte de François Weil-Picard, c’est qu’il est possible de concevoir autrement la fonction de maire.

Son élection est un acte symbolique fort. Avant, il n’est qu’un conseiller parmi d’autres ; dans la minute qui suit, il se retrouve investi de pouvoirs considérables. Cela est incontestable. Et c’est bien là que réside le principal danger : une fois élu, il peut se comporter en véritable animateur de la démocratie locale, ou se muer en roitelet de village.

Car enfin, comment ne pas penser que l’on a été choisi par ses pairs parce qu’on est le meilleur, le plus compétent, le plus apte à gouverner ? Et l’exercice quotidien du pouvoir renforce cette conviction. élu de proximité, que chacun connaît, le maire est constamment sollicité par tous, à tout moment et en tout lieu. Ce harcèlement risque d’accroître sa certitude qu’il est le seul à pouvoir régler tous les problèmes. Pour peu que des courtisans flattent ses tendances à l’autoritarisme, il en arrive vite à des pratiques fort peu démocratiques : projets élaborés à quelques-uns, décisions prises dans le secret d’un bureau, conseil municipal réduit à une chambre d’enregistrement, contradicteurs perçus comme des ennemis et désignés comme boucs émissaires à la vindicte populaire, associations conçues comme des relais dévoués au pouvoir, discours publics qui tournent au one man show et à l’auto-célébration.

Bref, un piège
s’ouvre qui, s’il n’y prend pas garde, enferme le maire dans un cercle vicieux qui génère une véritable addiction au pouvoir. Car si ce harcèlement est épuisant, il est aussi source de jouissance : celle de se sentir indispensable, celle d’agir pour ce que l’on croit être le bonheur des autres et, jouissance suprême, celle de penser à leur place ! Addiction qui le convainc également d’être le seul à pouvoir durer dans la fonction, d’où le double discours qui consiste à se plaindre de l’ampleur de la tâche tout en sollicitant de nouveaux mandats.

Alors ? Comment se protéger du risque de personnalisation du pouvoir ?

En célébrant à l’excès les talents de notre maire, François Weil-Picard en oublie de prescrire le remède parce qu’il s’interdit de poser les bonnes questions : comment le maire conçoit-il l’exercice de son mandat ? Comme un monarque municipal gérant son fief ? Ou comme un démocrate soucieux de dialogue et de transparence, capable de débattre et de travailler collectivement ?

Publié dans Démocratie locale

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M
Je suis tout à fait en accord avec votre analyse qui peut être malheureusement généralisée à de nombreuses communes. Allez-vous poursuivre votre initiative de démocratie citoyenne car elle me parait être un bon moyen d'éveiller les consciences sur notre commune ? On vous attend fermement !
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